L`impossible « révolution » et la probable négociation avec la France

Le développement de la crise postélectorale ivoirienne dévoile, chaque jour que Dieu fait, les curiosités de l`action politique en même temps qu`elle montre comment la soif du pouvoir peut conduire à tout, notamment la cupidité, le cynisme, le machiavélisme, la capacité de tuer en soi toute honte, etc.

1. L`impossible révolution

Pour porter Alassane Ouattara au pouvoir, Guillaume Soro et les siens ont décrété une « révolution à la Tunisienne ». Censé débuter à Abidjan le 21 février, date de l`arrivée du groupe de haut niveau, chargé par l`Union Africaine, du « règlement de la crise, dans des conditions qui préservent la démocratie et la paix », c`est finalement sur Bouaké, capitale de la rébellion que Soro Guillaume s`est replié pour la mise en œuvre de son projet. Alors que les rebelles prédisaient un déferlement humain, c`est dans un stade à peine plein au quart que s`est tenu le meeting inaugural de cette « révolution ». Cela ne surprend que ceux qui connaissent assez mal le rapport de force entre les acteurs politiques ivoiriens. Au 1er tour de l`élection présidentielle, Alassane Ouattara a recueilli dans le district d`Abidjan environ 188.000 voix contre 711.000 voix à Laurent Gbagbo. Soit un rapport de 1 pour 4. Comment peut-il faire une « révolution » avec un tel rapport?

Une révolution suppose un soulèvement populaire qui s`accompagne ensuite du ralliement et du soutien de l`armée régulière, émanation du peuple. Alassane Ouattara ne peut réunir aucune des deux conditions. D`abord le soulèvement populaire est improbable dans le rapport de 1 à 4.

Ensuite, l`Armée Républicaine ne peut pas rallier les actes terroristes actuellement en cours. En effet, comme nous l`écrivions dans une contribution précédente, parce qu`il n`a jamais fait l`Armée et aucune préparation militaire, Ouattara ne connaît pas l`Armée, ni la notion du moral des troupes.

Il ignore ce que c`est qu`un repas de corps. Il ne connaît pas le peuple qu`il veut gouverner. Il ne connaît donc pas son Armée. Le Dr Alassane Dramane Ouattara a vilipendé cette armée lors d`un de ses passages à Bouaké au point de susciter les protestations de son CEMA. Le Dr Alassane Dramane Ouattara et ses alliés ont mis cette armée sur le même pied d`égalité que la rébellion et a exigé son désarmement au même titre que la rébellion afin que la Côte d`Ivoire soit sous la tutelle de l`ONU. Traitée par Alassane Ouattara de tous les noms en 2004, suite à l`opération « Dignité », cette armée ne peut pas s`humilier davantage par une capitulation. De tout temps, pour Alassane Ouattara et les siens, cette armée a été incapable de se battre et n`a eu recours qu`aux mercenaires. Son ralliement reviendrait à insinuer que « vaincus par les rebelles », l`Armée ivoirienne et les Généraux des FDS doivent désormais faire allégeance à Soumaïla Bakayoko et Gueu Michel, si ce n`est à Chérif Ousmane. Or cette Armée a déjà fait allégeance à Laurent Gbagbo.

2. Les attaques répétées des rebelles contre les Fds

A Abidjan, en République de Côte d`Ivoire, des éléments des Forces de Défense et de Sécurité (Fds), commis à la défense des institutions républicaines et à la protection des biens et des personnes sont massacrés par des rebelles. Il se trouve des journaux pour s`en réjouir à mots couverts. Alors que l`Etat Major des Fds parle de 3 morts au cours de l`embuscade tendue aux éléments du Cecos (Centre de Coommandement des Opérations de Sécurité), unité d`élite des Fds, certains journaux semblent se gargariser d`un bilan lourd de 27 morts avec une saisie importante de matériel. N`est-ce pas ce même Cecos qui a freiné le grand banditisme tant décrié à Abidjan? N`est-ce pas ces mêmes enfants, pour la plupart issus de familles modestes, qui ont assuré la sécurité d`Alassane Ouattara avant et pendant la campagne électorale, avant qu`il ne se retranche au Golf? En plein Abidjan, la presse se livre à une guerre de communiqués avec les forces régulières, certainement pour jouer sur le moral des troupes: faire douter les Fds pour espérer des désertions tout en galvanisant les rebelles et les pousser à plus de crimes. N`est-ce pas là un cas de dérapage auquel restent insensibles les organisations de défense de la liberté de la presse?

Sera-t-on surpris d`une éventuelle sanction de la Conseil national de la presse? Alors que le camp Ouattara parlait jusque là de manifestants civils, sa presse se livre désormais à l`apologie d`un « mystérieux commando », après avoir appelé à l`assassinat de Laurent Gbagbo et du peuple ivoirien par les forces de l`Ecomog. La radio de l`Onuci, a quitté sa mission de paix pour devenir pire que la « radio mille collines » et c`est elle qui se prête au décompte macabre des chefs rebelles qui se vantent, sur les ondes de cette radio, d`avoir tué « 80 éléments des Fds » à Zouan-Hounien, dans l`ouest du pays. Ces policiers, ces gendarmes qui meurent au service de la nation n`ont, aux yeux d`Alassane Ouattara et de Soro Guillaume, aucun droit, pas même celui de la légitime défense. Ceux qui sont lourdement armés et qui tuent aujourd`hui, « deviendront » demain des manifestants aux mains nues! Quel cynisme! Pour le pouvoir, Ouattara va-t-il confirmer cette confidence d`un membre du panel et qui l`assimile à « un médecin affecté dans un centre de santé et qui attend la mort de tous les malades, avant de s`y rendre »?

3. L`Ua, la Cedeao et Odinga

Récusé dans la résolution de la crise ivoirienne par le président Laurent Gbagbo en raison de son entêtement à être partisan, le premier ministre kényan Raila Odinga, ancien médiateur de la crise ivoirienne, vient de donner de la voix le mercredi dernier. Pour lui, un recours à la force pour chasser du pouvoir le président Laurent Gbagbo en Côte d`Ivoire est toujours envisagé en cas d`échec de tout changement de régime pacifique. Ne se contentant pas des propos qui trahissent son bonheur de la souffrance des Ivoiriens du fait des sanctions injustes qui frappent leur pays, Raila Odinga, dont le pays n`est pas membre de la Cedeao, parle au nom de cette organisation sous-régionale, soutenant que « La Communauté économique des Etats d`Afrique de l`Ouest (Cédéao) et l`Union africaine ont clairement indiqué qu`au cas où les négociations pacifiques ne débouchent pas sur un résultat positif, l`usage légitime de la force est une option qu`ils étudieront » avant de rappeler que cette hypothèse avait déjà fait l`objet de réunions préparatoires de la part « des généraux (des pays membres) de la Cédéao ». Celui dont le poste de premier ministre est la résultante de milliers de morts au Kenya avant d`aboutir au partage du pouvoir, joue le « va-t-en guerre » pour le compte de la Cedeao qui elle-même n`apprécie pas l`objectivité de Jacob Zuma pourtant régulièrement mandaté par l`Ua. Victor Gbého, le président de la Commission de la Cedeao qui a rejoint le panel après avoir tenté de saboter sa mission, avait publiquement étalé ses humeurs, au titre de « scènes de jalousie » face à un Jacob Zuma dont la sérénité et l`objectivité avaient fini par mettre la Cedeao sous l`éteignoir. La seule présence d`un armement sud-africain au large des côtes ivoiriennes avait déclenché la protestation de la Cedeao qui pleurnichait de n`avoir pas été prévenue de la présence de ce bateau, pourtant en mission de sécurisation de la visite du président Zuma. Alors que des navires de guerre européens mouillent au large des côtes ivoiriennes sans émouvoir personne. Quel complexe!

4. L`UA et la France

Les violences meurtrières initiées dans le cadre de l`arrivée du panel des chefs d`Etat mandatés par l`Union Africaine (UA) s`intensifient alors que ce panel vient d`achever sa mission de médiation auprès des protagonistes de la crise postélectorale ivoirienne. Les présidents mauritanien, tanzanien, sud-africain, burkinabé et tchadien devraient se retrouver « prochainement » à Nouakchott en vue de prendre « des décisions contraignantes » pour toutes les parties.
L`on se rappelle qu`à la veille de cette mission, le camp Ouattara déclarait à qui voulait l`entendre que la mission du panel consistait à l`installation d`Alassane au pouvoir, Zuma venant « chercher son ami Gbagbo ». Mais le panel ayant repris le travail des experts qui l`ont précédé à Abidjan, le dossier résultant semble faire s`envoler bien des illusions. La seule lettre de Sarkozy au président de la CEI a de quoi à faire tomber des nues plus d`un responsable africain devant un tel cas flagrant d`ingérence. Le porte parole de la CEI et l`ambassade de France ont beau nier l`existence de cette lettre, elle est bel et bien authentique. Si le panel s`accorde le temps de la décision, c`est peut-être bien parce que les chefs d`Etat africains se rendent bien compte que la solution n`est guère entre les mains d`Alassane Ouattara, mais entre celles de Paris. Vivement qu`ils puissent convaincre Sarkozy. Gbagbo lui ayant déjà tout donné, il ne reste qu`à prier le Tout Puissant afin d`éteindre dans son cœur toute récrimination relative au passif franco-ivoirien qui pourrait se trouver dans les morts involontaires de soldats français en Côte d`Ivoire.

Par Sékou Assegoué Godpeace

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