En Ouganda, la difficile réintégration des enfants soldats

(De Kampala, Ouganda) Les rebelles ougandais de l’Armée de résistance du seigneur (LRA) continuent d’opérer impunément. Boutés hors de l’Ouganda en 2006 par le Président Yoweri Museveni, ils se sont « réfugiés » dans les pays voisins, en République démocratique du Congo (RDC), au Sud-Soudan, et en République centrafricaine.

Saccages, pillages, viols et assassinats, telle est la vie des fidèles prédateurs de Joseph Kony, visé par un mandat d’arrêt international depuis 2005. Ce chef rebelle de 50 ans, ancien pasteur, utilise des enfants soldats pour commettre ces ravages depuis la fin des années 1980.

Dans les rues de Kampala, la capitale ougandaise, il n’est pas rare de croiser ces gamin(e)s qui ont fui les rangs de la LRA. Livrés à eux-mêmes, leur existence est à jamais bousillée par ce qu’ils vu, entendu, et commis.
Kidnappée à 9 ans, puis prostituée

Janeth, 17 ans (par précaution, tous les prénoms ont été changés), a rejoint un centre pour enfants des rues. Kidnappée à 9 ans dans le nord de l’Ouganda avec sa cousine, violée devant sa mère lors de son enlèvement, elle aura été utilisée comme prostituée pendant plus de cinq ans par les rebelles. Pour leurs propres besoins.

Après sa fugue de la LRA, elle a vécu trois ans dans les rues de Kampala.

Séropositive, tout comme sa cousine, elle a repris ses études dans un centre des enfants des rues. Anxieuse, elle ne sort presque plus, et quand c’est le cas, elle se fait toujours accompagner.

Alex, 16 ans, est un ami de Janeth :

« Les rebelles ont tué mes parents. Ils m’ont demandé de les regarder faire sinon ils me couperaient les mains. »

Ce qui est frappant dans les témoignages de ces enfants, c’est l’absence de sentiment. Leur voix est monocorde. Leur regard n’exprime rien, seulement le vide. A travers eux, on retrouve la stratégie de Joseph Kony : en déshumanisant ces enfants, il en fait des machines à tuer.

La plupart ne se confie pas, ne parle pas. Mais heureusement, ces ados ont encore des rêves : ceux de devenir avocat, médecin, travailleur social ou même pilote d’avion.
Que veut au juste Joseph Kony ?

« Kony est plus que fou, c’est un démon. C’est un manipulateur qui profite des consciences fragiles des populations rurales », explique une universitaire allemande qui a étudié la question en Ouganda :

« C’est difficile de comprendre mais il tue pour libérer l’Ouganda de Yoweri Museveni, au pouvoir depuis vingt-cinq ans. Il se base sur les dix commandements de la Bible pour l’instauration d’un régime chrétien en Ouganda. Sa méthode est toujours la même : il arrive dans un village, commet des viols, s’empare de tout ce qu’il y a puis brûle les habitations. »

Joseph, 27 ans, est le fondateur d’un centre pour les enfants des rues à Kampala. Il fait de son mieux pour s’occuper de ces ados détruits :

« La première chose à savoir quand on travaille avec des ex-LRA, c’est qu’ils ne font jamais confiance. Ils mentent tout le temps et volent tout ce qui traîne. »

Joseph pousse les ex-LRA à reprendre leurs études. Il a notamment trouvé à certains des sponsors en Europe pour le financement de leur scolarité.
De profonds traumatismes

Après des années en brousse, à vivre de pillages et de crimes, certains enfants retournent tout de même dans leur village d’origine dans le nord de l’Ouganda. Là encore, la réintégration pose de sérieux problèmes. Comme cette jeune fille qui a dû tuer et arracher le cœur de sa mère, sous la menace des fusils des LRA, pour avoir la vie sauve :

« Je fais beaucoup de cauchemars. Parfois, quand je vais chercher du bois pour préparer les repas, dans les environs du village, j’entends comme les voix des LRA qui me donnent des ordres. »

Elle ne fait plus confiance aux hommes, et pense qu’elle ne se mariera jamais. Ses crises nocturnes, caractérisées par des hurlements, la stigmatisent parmi les villageois qui ne comprennent pas et l’appellent désormais « la sorcière ».

Selon certains chercheurs, les LRA sont les rebelles qui ont la pire utilisation des enfants soldats à travers le monde. Les atrocités commises ne permettent aucune reconstruction. Des statistiques montrent que 10% d’entre eux ont été obligés de tuer un proche. Quant aux LRA, rien ne les arrête. Bien qu’en nombre restreint, ils attaquaient encore des civils dans l’est de la RDC, il y a moins de deux semaines.

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