Avec cinq siècles de présence continue en Côte d’Ivoire, déclinée en différentes phases, la France a toujours su manœuvrer pour perpétuer sa présence et surtout pour maintenir les Ivoiriens dans une dépendance politique et économique qui entretient un contexte propice à la pérennisation de la domination française. Que peut changer la crise ivoirienne ?

La France chiraquienne est en mauvaise posture en Côte d’Ivoire en ce début de millénaire, marqué par les grands engagements internationaux en matière de réduction de la pauvreté et de renforcement de la démocratie sur le continent, et qui coïncide aussi avec la fin du règne de Chirac qui incarne à lui seul les cinq siècles de présence française douloureuse en Côte d’Ivoire. La France n’a pas toujours été seule à entretenir des relations ambiguës avec l’Afrique, mais la France se dégage des autres pays occidentaux de manière très particulière, tant du point de vue de son implication qui persiste, directe et évidente dans la vie des jeunes Etats africains, que du peu d’intérêt qu’elle accorde aux valeurs de liberté et d’égalité, dès lors qu’il s’agit des peuples africains.
Les cinq siècles de présence française en Côte d’Ivoire n’ont pas toujours été glorieux pour une France supposée incarnée des valeurs universelles, loin s’en faut. Depuis qu’elle a mis pied sur le sol ivoirien, la France a compris que ce pays est une poule aux œufs d’or qu’il ne faut pour rien au monde quitter, envers et contre la volonté du peuple ivoirien et quel qu’en soit le prix, quitte à adapter et à habiller cette présence en fonction de ce que la conscience internationale est prête à tolérer, voire accepter.

Phase de l’esclavage
La présence française en Côte d’Ivoire a débuté il y a cinq siècles dans la douleur pour les populations ivoiriennes. La douleur de l’esclavage, la traite de l’atlantique. Un véritable fléau, créé de toute pièce par les Négriers, qui a duré environ quatre siècles. Quatre siècles de souffrances mortifères et de spoliations des richesses de la Côte d’Ivoire, dans le silence complice de tous les gardiens de la morale universelle. Ces négriers étaient venus «civiliser» les peuplades sauvages. Drôle de moyen de répandre la civilisation. En bafouant pendant quatre siècles toute forme de liberté, en réprimant avec férocité toute révolte et toute aspiration légitime à la moindre liberté. Il y a indéniablement des séquelles profondes, laissées par le commerce des êtres humains, que la Côte d’Ivoire traînera encore longtemps. S’il est difficile, même pour les historiens, de donner des chiffres bien proche de la réalité, tout le monde est d’accord sur les dégâts considérables que cette pratique a causée au peuple ivoirien. Dans cette honte de l’histoire de l’humanité, la France expédie ses responsabilités. Certains de ses intellectuels préfèrent ne pas s’attarder sur le rôle de la France, mais opposer à la traite triangulaire, celle organisée avant eux par les pays orientaux, et ils proclament volontiers qu’après tout, ce sont des Ivoiriens qui livrent d’autres Ivoiriens aux négriers. Comme si l’on pouvait cacher sa propre culpabilité derrière celle d’autrui, et comme si le commanditaire du crime était moins coupable que le bras exécuteur.
Lorsque les multiples révoltes des esclaves, alliées à une prise de conscience de certains intellectuels occidentaux ont conduit à la fin de la traite triangulaire, la France a su malicieusement créer un nouveau concept en remplacement : la colonisation. Il est instructif de noter que dans un discours prononcé à Brazzaville en 1996, Chirac tentait de démontrer que la colonisation n’avait aucun lien avec la traite négrière et ne devait donc pas être l’objet des récriminations adressées au commerce humain. S’il est vrai que la traite atlantique a été à bien des égards plus meurtrière que la colonisation, Chirac n’a pas pour autant osé dire que le commerce des Noirs ne poursuivait pas le même objectif économique et financier que le colonialisme.

Phase de la colonisation
En prenant le témoin à la traite des Noirs, la colonisation a gardé le même principe de base. Enrichir la France en puisant de la Côte d’Ivoire le maximum de richesse qui peut l’être. Cette phase a duré environ un siècle, dans un rapport du colon français dominant à l’Ivoirien dominé. La France avait pour elle, l’avantage militaire et politique qui lui permettait d’enrober sa domination dans des traités léonins. Même si la France continue de se targuer d’avoir aidé la Côte d’Ivoire à travers la colonisation, elle se garde bien d’endosser la responsabilité des conditions de cette présence qui a représentée pour les Ivoiriens d’autres souffrances pires que le travail forcé qui leur était imposé. Durant toute cette période de colonisation, la France s’est nourrie des richesses de la Côte d’Ivoire qui lui ont permis de développer ses industries, d’asseoir sa capacité nucléaire militaire, et de se forger un rayonnement international. Cette relation que les Ivoiriens savaient à leur désavantage, ne pouvait perdurer que par un rapport de force que la France entretenait, en dressant les populations ivoiriennes les unes contre les autres. Diviser pour régner. Pour se donner bonne conscience et surtout se justifier aux yeux de la communauté internationale, l’essentiel de la stratégie de contrôle de la Côte d’Ivoire sera basée sur cette approche qui fera l’objet d’une véritable théorie. Celle des ethnies ivoiriennes qui ne peuvent coexister sans violence et sans guerre, nécessitant une présence française pour pacifier le peuple ivoirien. Tous les moyens intellectuels modernes seront mis en œuvre pour véhiculer cette idée. Cette politique qui s’est particulièrement accentuée lorsque la France a senti la décolonisation inéluctable, se poursuit aujourd’hui avec plus d’acuité encore.

Phase de la décolonisation et de l’indépendance
C’est la phase la plus courte de l’histoire de la présence française en Côte d’Ivoire, la plus vicieuse et la plus actuelle dans ses conséquences. Elle fut brève, presque précipitée mais toujours avec son lot de révoltes des populations, à chaque fois réprimées durement. Mais avec la volonté du peuple ivoirien, la France a fini par concéder l’indépendance à la Côte d’Ivoire. Bien entendu, il ne s’agissait pas pour la France de se retirer de la Côte d’Ivoire, encore moins de donner la pleine souveraineté et se priver ainsi des richesses qu’elle tire de sa colonie. Alors que le peuple ivoirien voulait une véritable indépendance, gage de liberté et de souveraineté pleine et entière, la France elle, se contentait de mettre en place une communauté qui, à son tour, se contente de transférer quelques compétences aux leaders ivoiriens. Le cadre de la pérennisation de la colonisation est ainsi posé à travers des accords de coopération, de véritables pactes coloniaux. Tout ce que la France avait comme pouvoir en Côte d’Ivoire en tant que pays colonisateur a été inscrit dans le pacte colonial. Il revenait simplement aux nouveaux leaders ivoiriens d’exécuter cet engagement pour le seul et unique bénéfice de la France.
Mais, aujourd’hui les choses ont évolué. La conscience politique de l’Ivoirien est entrée dans la virilité de la jeunesse de la nation. Beaucoup de leaders politiques ivoiriens en activité aujourd’hui ont connu cette période d’indépendance. Ils savent que, malgré les serres de la France qui étranglent toujours leur pays, l’étau, en terme de violence et d’atrocité, se desserre tout de même depuis le temps du commerce triangulaire, en passant par la période de la colonisation. Les Ivoiriens ont compris que malgré les cinq siècles de domination française, cette situation n’est pas une fatalité et qu’il faut commencer par se dresser, ou plutôt recommencer à se dresser, comme le faisaient déjà leurs ancêtres esclaves, pour une lutte, certes difficile, mais qui conduira inéluctablement à la liberté, la vraie. Celle qui n’est pas galvaudée et qui conserve toutes ses valeurs intrinsèques. Cette lutte n’est plus celle des politiques. Elle est maintenant récupérée par le peuple ivoirien lui-même, surtout sa jeunesse, même s’il y a toujours des brebis galeuses qui pactisent avec l’adversaire, avec l’ennemi.
Avec cette nouvelle révolte du peuple ivoirien qui refuse désormais de courber l’échine devant l’esprit colonial, le tribut payé est lourd, très lourd, aussi bien en vies humaines qu’en matière économique. Mais il ne l’est pas autant que ce que coûtent la domination française et sa mainmise sur les richesses de la Côte d’Ivoire. En effet, même s’il ne faut pas occulter la quote-part de responsabilité des dirigeants ivoiriens qui se sont succédés, l’emprise totale de la France sur la Côte d’Ivoire est une cause principale de la mauvaise gouvernance qui conduit à la dilapidation du capital richesse, ce qui se traduit par une mauvaise structure de santé, une insuffisance de prise en charge des besoins d’éducation avec son lot d’analphabétisme, des infrastructures a minima et un développement économique balbutiant. C’est le coût que supporte la Côte d’Ivoire depuis des siècles. Il faut donc que les Ivoiriens maintiennent leur détermination et acceptent le sacrifice en cours, afin de finir définitivement avec l’inacceptable rapport de force que la France veut continuer d’imposer et d’entretenir.
Depuis plus de trois ans que dure le conflit armé, la Côte d’Ivoire a accepté tous les sacrifices et toutes les humiliations. Son environnement naturel sous régional lui est hostile, malgré le rôle économique majeur joué par la Côte d’Ivoire pour le bénéfice de la sous région. Plus loin, la France a fait usage de tout son arsenal et de tout son savoir-faire pour manipuler l’opinion internationale, la rendant, dès le début de la crise, méfiante et suspicieuse à l’endroit de la République de Côte d’Ivoire et son président élu.
Après avoir avalé toutes les potions, contenant des couleuvres, le pouvoir légitime et légal a assumé tous les engagements qu’il a pris devant la communauté internationale dans la recherche de solution à cette crise. Aujourd’hui, il apparaît clairement que, malgré les multiples médiations et accords signés, les rebelles qui ont pris les armes pour s’emparer du pouvoir d’Etat en Côte d’Ivoire n’ont pas changé l’objectif de leur projet initial. Opérer un coup d’état pour s’approprier le pouvoir, sans aucune autre alternative. Quant à la puissante France, qui, forte de sa position de membre permanent du Conseil de Sécurité de l’ONU, a envoyé une force d’interposition qui a fini par se couvrir du manteau de l’ONU, sans s’encombrer de son commandement, elle reprend en écho à son compte tous les arguments dilatoires que les rebelles cherchent vainement à faire passer pour ne pas aller aux élections. Le rôle pervers, alors insidieux, joué par la France, est désormais connu de tous. Maintenant, la France s’associe aux rebelles armés pour dénoncer le médiateur dont ils piétinent l’honneur.
Il faut rappeler que le Président Thabo Mbeki n’a pas demandé à être médiateur. Pour cela, il faut saluer son action, lui rendre hommage et le soutenir, car il s’est engagé pleinement et personnellement pour que la Côte d’Ivoire retrouve la paix, suite à la demande de l’Union Africaine. Le travail courageux qu’il a accompli et les conclusions qu’il vient de déposer sur le bureau du Conseil de Sécurité de l’ONU, marquent indéniablement un tournant majeur dans l’évolution de la gestion de la crise en Côte d’Ivoire, et dans la capacité de l’Afrique à se regarder dans le miroir et à s’assumer, en résolvant elle-même ses crises, loin de tous les intérêts manipulateurs.

Tournant majeur de la crise
En dehors de la sous région, peu de pays du continent africain connaissaient bien les articulations sociopolitiques de la Côte d’Ivoire. A leurs yeux, l’éclatement de la crise en Côte d’Ivoire n’avait rien d’exceptionnel. Le monde n’y voyait qu’une autre des multiples guerres et coups d’Etat auxquels l’Afrique francophone a habitué le continent depuis les indépendances. Mais avec le temps, le déroulement des événements, le comportement des rebelles, le rôle des acteurs de la sous région, les torpilles de certains dirigeants africains, et l’ambiguïté de la présence des forces française en Côte d’Ivoire, pour ne pas dire l’évidence de l’unicité de l’objectif de Chirac avec celui des rebelles, ont fini par amener un autre pan de l’Afrique à s’interroger sur les fondements réels de la guerre que la France livre à la Côte d’Ivoire.
Dès le début de la crise, le peuple ivoirien a dénoncé l’Etat français comme étant l’architecte principal de cette guerre. Mais l’intoxication, la désinformation et la manipulation de la machine diplomatique et médiatique française étaient telles qu’aucune oreille ne pouvait entendre les cris de secours lancés désespérément par la petite Côte d’Ivoire, face à la parole de la grande France, puissance militaire mondiale, vainqueur de la seconde guerre mondiale et acteur majeur incontournable de l’Union européenne. Tout était pour la France et ses rebelles. Qui pouvait alors donner crédit à Laurent Gbagbo contre la France ?
Aujourd’hui, les choses ont évolué et les masques sont bas. Tous les acteurs de la crise ont maintenant abattu leurs cartes, permettant ainsi aux autres Etats africains, ceux qui se sont libérés et qui présentent de nos jours le visage d’une Afrique digne, disposent maintenant de suffisamment d’éléments pour se faire leurs propres analyses sur ce qui se passe véritablement en Côte d’Ivoire. Et, lorsque l’on a aucun intérêt sournois à y défendre, lorsque l’on veut faire une lecture rationnelle et objective de ce qui s’y déroule, on se rend bien vite compte qu’une grave injustice est en cours, et que la lutte du peuple ivoirien n’est rien d’autre que celle d’un peuple qui cherche avec courage et détermination à arracher sa liberté, une liberté confisquée depuis cinq siècles. Cette liberté est congestionnée depuis si longtemps par la France, que cette dernière a fini par croire que c’est cela la situation normale, et toute revendication de liberté lui paraît absurde, incongrue, anarchiste et fasciste, selon les propres termes de Jacques Chirac.
Mais l’Afrique libérée et digne sait que son propre développement et son essor économique seront toujours plombés par l’absence de liberté et le sous développement des autres pays africains qui sont toujours asservis, surtout que, l’organisation sous-régionale CEDEAO, médiateur naturelle de cette crise ivoirienne, s’est largement et volontairement trompée de mission en s’alliant majoritairement à la France et aux rebelles contre les intérêts d’un pays membre. La crise au sein de cette organisation est latente, mais évidente.

CEDEAO, la crise qui couve
Minée par le goût avéré de certains de ses Chefs d’Etat pour le complot contre leurs pairs, l’OUA, dont l’Afrique du Sud était exclue, a fini par mourir de sa belle mort, remplacée par l’Union Africaine, plus ambitieuse, plus crédible aussi, et dont l’Afrique du Sud est un membre très influent. La CEDEAO est sur le même chemin que la défunte OUA. Depuis sa création et malgré les textes généreux qu’elle a édictés, il y a des pays membres de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest qui foulent aux pieds les engagements conjointement pris. En dépit des pactes de non agression et autre protocole d’assistance mutuelle, pour ne parler que de ceux-là, certains pays continuent d’organiser et de soutenir des rébellions armées contre d’autres pays de la même organisation. La CEDEAO a toujours laissé faire, en faisant la politique de l’autruche, ou plutôt par peur de ses dirigeants de froisser la France qui n’est jamais bien loin de ces déstabilisations. On a encore fraîchement à l’esprit comment la Sierra Leone et le Libéria ont été agressés avec le concours actif d’un Etat de la CEDEAO, le Burkina, que tous les rapports internationaux pointent du doigt. On se souvient aussi de la gestion désastreuse que la CEDEAO a menée durant la crise des élections présidentielles au Togo en avril 2005. Et maintenant, la même organisation, par l’entremise de certains Chefs d’Etat bien connus, tente de saborder une médiation méthodiquement menée par le Président Thabo Mbeki, très loin des serres de la Françafrique.
Le peuple ivoirien vient d’exprimer clairement son ras-le-bol de la manière dont la CEDEAO traite de la crise en Côte d’Ivoire. Un comportement qui discrédite l’organisation. Mais, on sait bien qu’elle n’est plus à cela près. Il est donc impératif que des mesures vigoureuses soit prises pour redéfinir les orientations de cette organisation sous régionale qui a complètement failli à sa mission de base la plus élémentaire, celle, pour les pays, de ne pas s’agresser mutuellement. La Côte d’Ivoire pourrait donner un signal très fort en quittant momentanément cette organisation. Ce ne sera pas une première, ni dans le monde, ni en Afrique. On peut rapidement rappeler que la France a tourné le dos à l’OTAN lorsqu’elle ne s’est plus sentie en harmonie avec le Traité Atlantique. Les Etats-Unis ont de même claqué la porte de l’Unesco pendant longtemps. Plus près de nous, le Maroc a dit ses vérités à l’OUA avant de se retirer. La Côte d’Ivoire peut parfaitement suspendre sa participation aux instances de la CEDEAO, jusqu’à ce que cette organisation décide de faire sa profonde mue, en harmonie avec la volonté des peuples qu’elle est sensée rapprocher. Il faut refonder la CEDEAO. En l’état, la CEDEAO n’est pas viable. Tant que les pays qui la composent n’auront pas le minimum de liberté qui permet à leur Chef d’Etat de prendre des positions en conformité avec les aspirations des peuples, alors cette organisation demeurera un instrument de la politique de la France en Afrique de l’Ouest. Une politique très rentable pour la France, mais catastrophique pour la Côte d’Ivoire.
La France peut elle regarder la Côte d’Ivoire droit dans les yeux et lui dire qu’elle est fière de ce qu’elle a pu faire dans ce pays durant les cinq siècles de sa présence continue ? J’en doute très fort.
La chaîne de télévision publique France 2 vient de rendre publique, dans son émission Télé Matin du 29 septembre dernier, le résultat d’un sondage réalisé dans les autres grands pays de l’Union Européenne. Il s’agissait de connaître la perception que les autres Européens avaient des Français. Les qualificatifs qui viennent en tête du sondage sont les suivants : les Français sont condescendants, arrogants, méprisants, hautains !!! Pour les Ivoiriens, ceci n’est pas du tout une surprise, car c’est une réalité vécue quotidiennement, surtout dans les rapports d’Etat à Etat.
Si telle est la manière d’être des Français vis-à-vis des autres Européens, alors qu’elle est donc le comportement de la France à l’égard de la Côte d’Ivoire, petit pays africain caché dans la forêt tropicale, habité par des gens qui ont d’abord été esclaves, puis colonisés et sous influence depuis 500 ans ? C’est aussi à cela que les Ivoiriens veulent mettre un terme.
La France a toujours su trouver les bonnes formules et les bons concepts pour passer d’une phase de domination de la Côte d’Ivoire à une autre phase. De la traite atlantique au colonialisme. Du colonialisme à la décolonisation. De la décolonisation à la pseudo indépendance. De cette pseudo indépendance à la coopération scellée par le pacte colonial. Maintenant, la France est à court d’idée, à cours de formule, pour la simple raison qu’il n’y plus aucune formule de cette nature qui vaille. Il n’y a plus aucune idée de cet acabit que la Côte d’Ivoire est prête à accepter pour perpétuer le joug français. Ce ne sont d’ailleurs pas les formules que le peuple ivoirien rejette. C’est la nature même des relations de dépendance que la France veut perpétuer, que le peuple ivoirien rejette avec vigueur. En tout état de cause, pour les Ivoiriens, rien ne sera plus jamais comme avant.

Plus jamais comme avant
Avec cette crise, les Ivoiriens ont brisé des tabous. Ils ont dit non à la Françafrique qui les a toujours considérés comme des enfants dociles, les premiers de la classe du pré carré français. Ils ont exprimé leur volonté de liberté. Ils ont bravé les légionnaires français. Ils ont poussé la Françafrique à dévoiler l’hostilité de ses intentions profondes. Ils ont mis à découvert les Chefs d’Etat de la sous-région, valets de la France. La Côte d’Ivoire a refusé de subir ce que la CEDEAO a fait au Togo.
Il s’agit maintenant pour la Côte d’Ivoire d’enclencher la poussée complémentaire qui lui permettra d’accéder à l’orbite de la liberté. Et c’est en cela que le rêve d’une Afrique libérée et digne est crucial. En tête de cette nouvelle génération de pays africains qui relèvent la tête avec fierté, il y a l’Afrique du Sud. Son leadership incontestable en Afrique repose sur deux bases solides ; une base historique et une base économique. L’histoire de l’apartheid dont l’Afrique du Sud a pu se soustraire sans déflagration lui confère une réputation et une notoriété qui dépassent le cadre strict du continent. Ce que personne ne peut remettre en cause, ni en Afrique, ni hors de l’Afrique. Ensuite, le pays de Nelson Mandela est une puissance économique et militaire sur le continent. Ce qu’aucun autre pays ne peut lui disputer. L’Afrique du Sud a donc un rôle majeur à jouer pour tirer le reste du continent vers les objectifs universels poursuivis par tous les pays modernes : Liberté, démocratie, bonne gouvernance et développement économique.
Le Président Thabo Mbeki a compris l’importance de l’enjeu, et son expérience de la crise ivoirienne lui a confirmé la nécessité pour son pays de s’impliquer davantage dans la résolution des conflits en Afrique, et particulièrement celui de la Côte d’Ivoire, pour que les autres pays du continent puissent accéder à la même liberté et à la même indépendance que celles de l’Afrique du Sud. C’est une condition sine qua non pour le développement de l’ensemble du continent. En cela, le cas ivoirien est le modèle parfait des luttes d’indépendance qui vont se succéder sur le continent. Le successeur de Mandela sait que les obstacles sont multiples et des forces inertielles émanent de partout, de l’intérieur comme de l’extérieur du continent. Mais il sait aussi qu’il ne peut pas se soustraire à la mission et à la responsabilité que l’Histoire impose à son pays. Pour lui permettre d’atteindre les objectifs qui lui sont assignés, les Ivoiriens doivent faire bloc derrière lui pour barrer la route aux desseins malsains qui sont concoctés dans les salons de la Françafrique.
A côté des Ivoiriens, les autres pays de l’Afrique libérée et digne doivent affirmer leur refus de l’assujettissement de la Côte d’Ivoire. Ces pays doivent permettre à leur peuple, à leur société civile de se mobiliser et de manifester pour dénoncer les actions perverses et déstabilisatrices du continent par la France qui s’est toujours comportée en fossoyeur de la Côte d’Ivoire et de l’Afrique. Il faut y mettre un terme. Le peuple ivoirien appréciera les actions que leurs frères peuvent mener dans leurs pays pour dénoncer les agissements de la France. Les patriotes ivoiriens sont prêts à accueillir leurs frères d’Afrique du Sud, de l’Angola, du Rwanda, de la Mozambique et de tous les autres pays qui n’ont pas la chape de plomb de la France sur la tête, et qui peuvent laisser leur peuple s’exprimer sur la crise en Côte d’Ivoire. Les pays de l’Afrique de l’Ouest qui devraient jouer ce jeu, comme l’ont fait les pays de la ligne de front pendant l’apartheid, sont malheureusement engagés dans la mauvaise voie tracée par la France et suivis par leurs dirigeants.
Ce patriotisme transfrontalier est un instrument indispensable pour barrer la route aux projets de la France de déchoir par la force et la duplicité, un président démocratiquement élu par le peuple. Si cette action conjuguée est menée, les plans de déstabilisation de la France seront déjoués en Côte d’Ivoire et des élections propres pourront être organisées après le désarmement des rebelles, comme le réclame le Président Gbagbo, en symbiose avec les conclusions de la médiation menée par le Président Mbeki.
Mais, pour en arriver là, le Président Mbeki doit maintenir le cap. Il ne doit, ni céder aux fortes pressions de la France, ni abandonner sa médiation. Dans le cas contraire, l’addition serait lourde pour la Côte d’Ivoire, pour l’Afrique francophone, et au delà pour toute l’Afrique. Le Président Gbagbo a remis la suite des événements entre les mains de son homologue, et le peuple de Côte d’ivoire témoigne toute sa confiance au médiateur.
Alors, patriotes de Côte d’Ivoire et patriotes de l’Afrique libérée et digne, conjuguons maintenant nos efforts et nos actions, sans orgueil ni arrogance, mais avec courage, fierté et détermination, afin de sortir la Côte d’Ivoire du pacte colonial, et d’ouvrir la voie au développement. Les événements se produisent en Afrique en cascade. Les résultats que nous obtiendrons en Côte d’Ivoire se répandront dans les autres pays. Le continent tout entier accèdera ainsi à sa liberté et pourra entrer, en tant qu’acteur actif, dans l’économie mondiale et dans l’ère du développement.
Tel est le rêve. Mais un rêve réaliste, un rêve réalisable. Il suffit de s’en donner la volonté, le courage et la détermination. Toutes choses qui sont à notre portée. Plus qu’hier aujourd’hui nous avons des alliés.
Ecoutons le Président des Etats Unis d’Amérique exposer sa vision de cette alliance. C’était à la Hudson Institut de Washington DC en juin 2005 à la veille du sommet du G8 en Grande Bretagne. Ecoutons George Bush et comparons ses propos à ceux que ne cesse de nous rappeler Jacques Chirac. Le temps d’une réflexion sur la route de la Liberté. «La semaine prochaine, je vais diriger le sommet du G8 en Ecosse. Là-bas, je vais rencontrer les leaders des nations industrialisées. Comme lors de réunions précédentes, nous allons discuter des grands progrès politiques et économique faits en Afrique, et des prochains pas que nous pouvons faire, avec les leaders africains, pour construire ce progrès. Le monde entier bénéficiera de la prospérité et de la stabilité du continent africain. Et les peuples d’Afrique méritent la paix, la liberté et les opportunités qui sont les droits naturels de toute l’humanité. Nous recherchons le progrès en Afrique et au-delà, dans le monde en développement parce que nos intérêts sont directement en jeu. Le 11 septembre 2001, les Américains se sont rendus compte que l’instabilité et l’anarchie dans un pays lointain peuvent être un danger pour le nôtre. Dans ce nouveau siècle, nous sommes moins menacés par les flottes et les armées que par des petites cellules d’hommes qui opèrent dans l’ombre et exploitent la pauvreté et le désespoir. L’ultime réponse à ces menaces est d’encourager les sociétés prospères, démocratiques et de droit qui se joindront à nous pour venir à bout des forces de la terreur – des alliés que nous trouverons à travers l’Afrique. Nous menons la guerre contre la terreur avec notre force, nous gagnerons la guerre contre la terreur avec la liberté, la justice et l’espoir. Nous recherchons le progrès en Afrique et à travers le monde en développement parce que notre conscience nous le demande. Les Américains croient que les droits humains et la valeur des vies humaines ne sont pas déterminés par la race ou la nationalité, ou diminués par la distance. Nous pensons que toute vie et que toute personne compte. Ainsi nous sommes remués quand des milliers de jeunes personnes meurent chaque jour à cause du paludisme, maladie curable. Nous sommes remués quand les enfants regardent leurs parents mourir lentement du SIDA, laissant des jeunes garçons et filles traumatisés, effrayés et esseulés. Les peuples d’Afrique font face à ces défis avec détermination et nous devons nous tenir à leurs côtés.»

Pr. Mamadou Koulibaly

 

  1. #1 par Hervé Ogou le février 25, 2011 - 14:15

    Mamadou Coulibaly devrait mettre les députés en ordre de bataille au lieu de faire de la philosophie politique…les députés sont une pièce maitresse de la lutte pour l’émanciption..ou sont nos députés????
    et c’est quand mème bizzare que mamadou le nº 2 du regime ne soit pas frappé de sanctions de la dite comunauté internationale..pourquoi? y a anguille sous roche…

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