Alerte!!! Les forces pro-ouattara annoncent une grande offensive sur Gagnoa et ses environs!

Les Forces pro-ouattara stationnées à Gagnoa sous le commandement de Diomandé Vassézé, ont annoncé lundi 16 mai 2011 lors d’une réunion dans les locaux de la mairie de Gagnoa, qu’elles préparaient une offensive sur le département et principalement dans les villages pour mettre hors d’état de nuire des hommes qui posséderaient encore des armes.

« Nous travaillons sur renseignement. J’ai la liste de tous ceux qui ont été recrutés, la liste des miliciens et des responsables des mouvements patriotiques qui les encadraient. Et même les lieux où sont les ordinateurs qui ont servi à la saisie des noms. Nous avons saisi à ce jour 500 fusils de calibres 12 de fabrication russe, 55 obus et 40 grenades. Nous ne sommes contre aucune ethnie. Dans les villages, on nous signale la présence d’hommes en tenue. Si vous les dénoncez, il n’y a pas de problème. Mais si vous ne les dénoncez pas, le village subira les conséquences de notre colère », a averti le commandant Diomandé Vassézé, en présence des autorités administratives, politiques et traditionnelles du département.

Un message très clair qui en dit long sur la manière de gouverner du camp Ouattara.

En d’autres termes, pour Diomandé Vassézé, soit les villages bété du département de Gagnoa d’où est originaire le président Gbagbo, décident de se rallier au camp Ouattara et les autochtones auront la vie sauve. Soit, ils décident de ne pas se rallier. Dans le second cas, comme il le dit lui-même, ils subiront « les conséquences de notre colère ».

On sait en Côte d’ivoire comment se manifeste leur colère. Il suffit de se rendre à Duékoué.

Voici l’Etat de droit que Alassane Ouattara nous promettait tant. Il est enfin arrivé, avec la complicité et la protection de la France. Un Etat où dire non à Alassane est passible de la peine capitale, c’est la mort dans des conditions atroces.

Après Duékoué, après le peuple Guéré, c’est autour du département de Gagnoa où vivent les bété. Si pour les premiers leur crime c’était d’avoir voté le candidat Gbagbo Laurent, les seconds c’est d’être les parents du Président Gbagbo.

Alerte, un second génocide se prépare. S’il vous plaît faites passer le message avant qu’il ne soit trop tard !

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Cote Ivoire : Quand ces soldats quitteront- ils les rues d’Abidjan ?

Cela fait une semaine que je cherche mon mécanicien. Il faut qu’il répare ce qu’il reste de l’épave de ma voiture volée et abandonnée en ville dans la crise. Mais il semble qu’il ait changé de travail. Ses voisins disent qu’il est devenu soldat ….. Soldat FRCI ! Par ces temps qui courent, c’est le travail de tous ceux qui ont une revanche à prendre sur la société. Soldat FRCI !

Ils sont partout dans la ville, ces soldats d’un autre âge. Avec leurs jeans, leurs treillis demi-saison, leurs chaussures hétéroclites, mais surtout leurs armes qui vont des plus sophistiquées aux plus désuètes, ils sont effrayants. Les plus chanceux ont des T-shirts FRCI dans des voitures volées et elles aussi estampillées FRCI. On se croirait dans un autre univers, on se croirait partout sauf à Abidjan et en Côte d’Ivoire.

Ils sont dans des jeeps ou debout sur des pick-ups surmontés d’armes intimidantes. Muscles impressionnants, lunettes noires, ils goûtent à une gloire soudaine. C’est une montée d’adrénaline qui les transporte dans un autre monde. Ils se croient dans Rambo II. Ils ne peuvent pas résister à tentation de se sentir invincibles, eux les tombeurs du régime défunt ivoirien. Ils ont occupé les Commissariats du pays. Leurs petites copines y passent toute la journée, nombreuses comme des mouches. Ceci nous rappelle la triste PC-Crise de la transition militaire de 2000, mais en moins professionnelle.

Nos corps armés n’ont jamais eu autant de Commandants au mètre carré. Commandant ceci, commandant cela. Il y en a qui ont même gravé leurs noms sur les véhiculés volés ou réquisitionnés, en lieu et place des plaques d’immatriculation. Et ce ne sont pas les célèbres « com’zones » qui ont régné en maîtres absolus sur la partie du pays occupée par la rébellion depuis 2002 et qui sont maintenant habitués à leur rang et à leur statut. Non, ce ne sont pas eux.

Ce sont plutôt d’anonymes individus qui subitement se font escorter par des soldats armés jusqu’aux dents, avec gyrophares et égards. Leurs nombreux téléphones croulent sous le poids des appels d’urgence et de sollicitation en tous genres. Et vous voulez que du jour au lendemain, ces individus retournent à une vie ordinaire de soldats ou de civils.

Mais ce spectacle aura des revers importants. Aucun investisseur, aucun promoteur, aucun citoyen ne fera confiance à la sécurité dans le pays avec cette armée ou cette police anarchique. Il y a de quoi s’inquiéter. Et pourtant, cela dure et dure. Cela fait un mois que l’autre Président est tombé. On pensait alors que la vie reprendrait son cours normal. Mais il faudra patienter.

De nombreux communiqués ont instruit les policiers et gendarmes de reprendre leurs postes. Mais rien n’y fait. Quelques téméraires ont répondu à l’appel, mais pas tous. Imaginez la scène : un officier de police se présentant à des jeunes soldats désorganisés et occupant le Commissariat du 22è Arrondissement : « Bonjour, le Gouvernement m’a demandé de venir reprendre mon poste. Je suis le Commissaire de cet arrondissement. Il faut que vous quittiez les lieux ». J’espère pour lui qu’il aura pris soin de se réserver un lit au centre de santé communautaire de Bromakoté, parce que de toute évidence, il sortira de cette scène escamotée.

La bataille d’Abidjan a duré moins de deux semaines. Toutes les forces de sécurité n’ont pu être anéanties. Il faut les rappeler et les mettre à l’ouvre. Il faut pour cela deux éléments : la sécurité (donc que les nouvelles recrues quittent tous les bâtiments des forces de sécurité) et l’équipement (puisque le matériel de transmission, de travail et les armes ont été soit pillés soit volatilisés dans la nature). J’ai entendu dire que le nouveau pouvoir doute encore de la loyauté des policiers et des gendarmes. Mais le désordre de ces nouvelles recrues est encore plus dangereux. Surtout le jour où ces nouveaux soldats revendiqueront leurs récompenses. Il y a plus inquiétant à Mankono, au Sud-Ouest et à l’Ouest, il faut s’ y concentrer.

Il faut agir vite. Avec les pillages, les attaques, l’arbitraire, FRCI risque de finir par vouloir dire désordre. On a presqu’envie de regretter nos policiers-racketteurs. Le nouveau Président avait été ferme les jours qui ont précédé la chute du Commando invisible. Il avait précisé que ne seront intégrés dans les forces nationales que ceux qui étaient dans le processus depuis 2005.

Que fera-t-il donc de ces nouveaux combattants qui se sont agglutinés progressivement aux rebelles venant du Nord au fur à mesure de leur progression sur le Palais présidentiel à Cocody et qui ont contribué à assurer sa victoire ? Il faut répondre à cette question et vite, car les habitudes ont la peau dure. Ce que ces jeunes exigeront aujourd’hui pour leur démobilisation sera moins important que ce qu’ils demanderont demain ou le mois prochain. Plus le temps passe, plus il sera difficile de les démobiliser. Les revendications iront crescendo. Ils seront tentés avec le temps qui passe de négocier au prix fort leur démobilisation.

Vous connaissez les «kadogos » ? Ce sont les jeunes soldats qui ont porté Kabila père au pouvoir. Vous connaissez aussi Rachidi ? C’est l’un de ces jeunes soldats qui, dit-on, a été utilisé pour assassiner Laurent Désiré Kabila qu’ils avaient porté au pouvoir. La Côte d’Ivoire n’est pas le Congo, mais la Côte d’Ivoire a quelque chose qui ressemble à chaque pays qui sort de conflit. L’histoire se suit mais ne doit pas se ressembler.

Par ailleurs, il faut mettre de côté la pudeur et constater que la plupart de ces jeunes nouveaux soldats ont une certaine homogénéité régionale. Pour un pays qui sort de conflit politique, social et identitaire, ceci est très dangereux pour le régime et pour ses efforts de recréer une cohésion nationale. Conseil très amical. A méditer.

VINCENT TOHBI IRIE

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Traitement de l’information en France en 2011 : Gbagbo et DSK. Ce qui était normal pour Gbagbo ne l’est pas pour DSK !

RFI: A-t-on le droit de diffuser en France des images de DSK menotté ?

 

Les images de Dominique Strauss-Kahn à New York, les mains entravées dans le dos, mal rasé, col ouvert, ont choqué. Diffusées en boucle à la télévision, en une des journaux et des sites internet, ces photos, banales aux Etats-Unis, sont interdites en France. Pour l’ancien ministre français de la Culture, Jack Lang qui s’exprimait sur RFI, la question de la légalité de la diffusion de ces images, mérite d’être posée.

En France, la publication de photos de personnes menottées est interdite selon la loi sur la liberté de la presse du 29 juillet 1881 renforcée par la loi Guigou de 2000 sur la présomption d’innocence. Le texte précise que « lorsqu’elle est réalisée sans l’accord de l’intéressé, la diffusion, par quelque moyen que ce soit et quel qu’en soit le support, de l’image d’une personne identifiée ou identifiable mise en cause à l’occasion d’une procédure pénale mais n’ayant pas fait l’objet d’un jugement de condamnation et faisant apparaître, soit que cette personne porte des menottes ou entraves, soit qu’elle est placée en détention provisoire, est punie de 15 000 euros d’amende ».

Pour Maître Anthony Bem, avocat spécialiste du droit à l’image, dans le cas de DSK le non-respect de la présomption d’innocence est flagrant. Sur certaines photos on voit les menottes, sur d’autres non. « Cependant, l’association de ces photographies à un titre accrocheur du type “DSK menotté” ne permet pas de douter d’une condamnation sur le fondement de l’article 35 ter.

À l’heure de Photoshop, il serait en effet trop facile de simplement gommer les bracelets d’acier pour échapper aux restrictions de la loi de 1881 » remarque l’avocat. « En tout état de cause et même en l’absence de définition légale ou jurisprudentielle de l’entrave, on peut considérer que le fait d’être entouré et maintenu par deux policiers américains constitue une entrave au sens de la loi pénale française, peu importe d’ailleurs l’origine et l’utilisation possible de ces photographies aux Etats-Unis d’Amérique » précise Me Bem.

Source: cameroonvoice

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L’horreur continue : Des civils emprisonnés à la station Lubafrique à Yopougon

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Ils sont jeunes, ce sont des élèves ou étudiants que la rébellion de Ouattara qualifie de miliciens. Depuis le 23 avril ils sont retenus prisonniers dans des conditions inhumaines à la station lubafrique de Yopougon Niangon terminus du bus 27.Tout le monde ferme les yeux devant la souffrance de ces jeunes ivoiriens. Ouattara a fait vider toutes les prisons du pays, les prisonniers sont tous armés dans le pays et les jeunes qui représentent l’avenir de ce pays sont martyrisés

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Atteinte à la réconciliation sur TCI : Des images provocantes au JT de 20h d’hier

Réconciliation et paix ; réconciliation et paix ; réconciliation et paix! Voici les mots qui reviennent sans cesse aux lèvres de nos gouvernants au sortir de cette douloureuse crise post-électorale. Pourtant, hier au journal télévisé de 20h sur la chaîne de la paix, des images d’une manifestation des femmes du RHDP à Marcory montraient des femmes qui mangeaient des épis de maïs. Que veut dire ce geste repris avec beaucoup de joie par plusieurs femmes pendant cette manifestation qui dit-on célèbre la réconciliation. « Ya rien en face, c’est maïs », ce slogan employé par le camp de Laurent Gbagbo pendant la campagne présidentielle qui nous a conduit à la guerre vous aidera surement à comprendre ce geste ironique de ces manifestantes. C’est simplement une moquerie adressée aux partisans de Laurent Gbagbo pour leur dire qu’il y a bien quelqu’un en face en l’occurrence celui qu’ils appelaient « maïs ». Ces anodines images retraçant des gestes de boutades à l’endroit des partisans de Laurent Gbagbo constituent une entorse à la réconciliation nationale prônée par le Président Ouattara. Car même si les irréductibles de Laurent Gbagbo se sont trompés dans leur choix politique et sont allé souvent trop loin ; il est clair qu’il faut éviter de les écorcher avec ces images pour éviter de démotiver ceux parmi eux qui ont déjà pris la voie de la réconciliation ou de donner des raisons aux plus récalcitrants de rester sur leur position.

La chaine de la paix, TCI doit mériter son nom et pour cela se rappeler les mots du Père fondateur Houphouët Boigny « La paix n’est pas un simple mot, c’est aussi un comportement ». Notre télévision nationale se doit de créer l’unanimité autour d’elle. Aucun ivoirien où habitant de notre pays ne doit se sentir mal en regardant la télévision nationale pour laquelle nous contribuons tous au même titre. Elle ne doit pas emmener certains ivoiriens à l’ignorer parce que se sentant toujours offusqués ou indexés par ces messages. Comme ce fût le cas avec la RTI du temps de la crise. Elle ne doit pas emprunter ces voies cyniques qui ont conduits, il y a de cela quelques jours la Côte d’ Ivoire au cauchemar. Elle doit avoir un comportement de réconciliation et de paix. Attention au faux pas, les nouveaux dirigeants de la RTI se doivent d’être vigilants. La victoire d’Alassane Ouattara n’est pas sa victoire, ni celle de ses partisans, mais plutôt la victoire de la démocratie, donc de celle du peuple de Côte d’Ivoire.

Source : encoreplustv

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Enquête sur un massacre – Alassane Dramane Ouattara a organisé des crimes contre l’humanité, avec le soutien de Nicolas Sarkozy. Enquête édifiante de l’hebdomadaire français l’Observateur

L’enquête que vous allez découvrir plus bas a été menée par un journaliste de l’hebdomadaire français Le Nouvel Observateur. Il y a deux raisons pour lesquelles je vous invite à prendre le temps de la lire. Depuis le début de la crise postélectorale ivoirienne, et même avant, l’ex-président Laurent Gbagbo a fait l’objet des pires portraits et assertions caricaturesques dans les medias occidentaux, totalement acquis à l’entreprise de diabolisation qui le visait. Gbagbo dictateur, Gbagbo mauvais perdant de l’élection présidentielle, on était habitué.

Cette enquête faite par un organe de presse européen peu réputé pour sa propension à l’exagération, et qui se greffe aux rapports accablants d’organisations humanitaires que l’on ne peut soupçonner de collusion avec l’ancien pouvoir ivoirien, comme Human Rights Watch, Amnesty International, La Croix Rouge, Caritas etc., ruine définitivement ce qu’il restait de la réputation de technocrate bien propre sur lui d’Alassane Ouattara, construite à coup d’articles laudateurs, d’omissions opportunes et de contrevérités savamment distillées. Jean-Paul Mari dépeint ici une fresque hideusement magistrale des exactions organisées par Alassane Ouattara, un homme banal cruellement mortel, dont l’Histoire retiendra qu’il a été capable d’enjamber des dizaines de milliers de cadavres pour s’asseoir dans le fauteuil présidentiel ivoirien.

La lecture de ce document va certainement vous soulever le cœur. Il faut vous forcer à aller jusqu’au bout, même s’il est plus agréable d’ignorer certaines choses. La narration claire et ciselée ne laisse aucune marge au flou. C’est inexorable, insoutenable, sans ellipse, sans pardon. L’opinion publique française et occidentale ne pourra pas échapper au malaise, même si elle est habituée à couvrir du voile de l’ignorance tout ce qui peut lui donner mauvaise conscience: L’horreur de la guerre est arrivée à son comble avec Alassane Dramane Ouattara, soutenu et épaulé par Nicolas Sarkozy, président de la république française.

Mahalia Nteby

1.ooo, 2.ooo morts ? On ne sait pas. Mais la grande tuerie de Duékoué a duré toute une semaine, dans la ville, les villages, la brousse. Accusées : les Forces du Nord du président Ouattara qui ont lancé leurs supplétifs à l’assaut. Jean-Paul Mari a reconstitué sur place la mécanique d’une bataille qui a tourné à l’épuration ethnique.

Duékoué est une ville infecte. L’endroit pue la crasse, la sueur, la peur, la haine, la mort. Ce matin, il fait déjà bien trop chaud et l’humidité trempe le corps. Dans l’église incendiée du quartier Carrefour, il faut marcher entre les cadavres encore frais d’hommes abattus à bout portant, découpés à la machette ou la gorge tranchée, à même le sol, mains liées dans le dos, comme des animaux de ferme.

Dans l’air, il reste cette odeur pois­seuse, reconnaissable entre toutes, mélange de mort, de métal, de sang caillé et de brasier mal éteint, et ces cendres noires aussi collantes que les mouches sur l’ordure. Il y avait un quartier, une population de 10 000 personnes, il ne subsiste plus grand-chose d’humain. Sinon l’église Jésus-Sauveur, carbonisée, les mai­sons noircies, les allées défoncées en terre ocre, le sol noir couvert de gra­vats et de vêtements sales, dispersés. Un cyclone de violence a tout emporté, les abris de bambou, les toits en tôle, les murs de ciment, les fils électriques qui pendent des pylônes et les portes arrachées à mains nues. Restent les pancartes du restaurant Nid d’Abeilles, du salon Hip-Hop Coif­fure, de la pharmacie Médicaments chinois et un poster déchiré d’un foot­balleur africain. Même les arbres ont brûlé, leurs branches basses encore lourdes de mangues. Un gosse traîne dans la ville fantôme, trouve un fruit pourri, le suce. Un homme, un balai de paille à la main, contemple les ruines de sa maison. Un vélo passe, chargé d’une chaise en plastique épar­gnée.

Tuer, tuer, tuer, la solution est tou­jours la même. La solution à quoi ? D’abord à un conflit politique. Entre les Forces du Nord, ex-rebelles devenus l’armée du nouveau président Ouattara, et les Forces du Sud, l’armée de l’ancien président déchu Laurent Gbagbo. Une solution aussi au conflit ethnique qui oppose les Malinkés ou Dioulas du Nord et les Guérés du Sud. Une solution, enfin et surtout, au conflit foncier, la guerre pour la terre, la guerre dans la guerre, pour un village, une ferme, un champ de cacao. Tuer l’autre, le grand propriétaire, le fermier, c’est laisser la terre vide, comme un cimetière fertile, à prendre là, maintenant. Un conflit politico-militaire et la revanche des métayers, cela suffit pour justifier le massacre des innocents. Cela s’appelle une épuration ethnique.

Tout près d’ici, il y a trois grandes fosses communes, de la terre fraîche retournée sur des monceaux de cadavres. Dans l’une d’elles, près de la rivière Guémon, les pieds des morts baignent dans le marécage. Les survivants hésitent à revenir, un œil sur leur passé, l’autre sur la brousse toute proche et la masse sombre des taillis d’où les massacreurs ont surgi. Et s’ils revenaient ?

Duékoué est une ville abandonnée de Dieu et du gouvernement, à sept heures de route et vingt-deux check-points d’Abidjan. Un gros bourg laid, sans âme et sans monument, doté d’une poignée de missionnaires héroïques mais sans conseil général. Personne ne s’y intéresse, sauf quand surviennent les massacres, et l’on vole à son secours quand tout est accompli. Pour son malheur, Duékoué est un carrefour stratégique. Qui tient Duékoué contrôle la circulation régionale, le chemin du cacao jusqu’au premier port du pays, San Pedro, et tout le flux humain et commercial entre le Grand Ouest et ses frontières.

Autre malédiction, la région est riche, la terre fertile, bien arrosée et les prix du café et du cacao ont flambé. Comme par hasard, les grands massacres dits politiques se produisent l’hiver, précisément à l’heure de la récolte. Les grandes terres appartiennent depuis toujours aux Guérés, réputés peu enclins à défricher leur brousse. Depuis une vingtaine d’années, certains ont vendu, loué ou concédé, souvent sans contrat écrit, une parcelle aux Malinkés venus du Mali, du Burkina Faso. Des immigrés durs à la tâche qui ont labouré, pris racine, se sont multipliés. «La terre est à celui qui la travaille», disait Houphouët-Boigny, le vieux sage. C’était avant le débat sur l’«ivoirité», une saleté théorique inventée à Abidjan pour fabriquer des castes. Le prix du cacao a augmenté, les métayers Malinkés sont devenus riches, grignotant parfois les champs au-delà du permis, le propriétaire guère est mort et ses enfants ont voulu réviser, voire annuler les contrats : les conflits ont éclaté.

En 2002, quand le Nord et le Sud se séparent, les premiers massacres renvoient opportunément chez eux une foule de métayers malinkés, leurs fils, leurs voisins, des paysans sans terre mais pleins de rage. On trace sur la carte une belle ligne de démarcation qui passe… juste au-dessus de Duékoué. L’ONU compte les coups, la Force Licorne patrouille, les ONG désertent le coin. Trop compliqué ! Entre les «coupeurs de route», bandits de grand chemin, le groupe d’Amandé, un seigneur de guerre venu du Burkina, fort de 300 hommes, qui s’est adjugé tout le parc naturel du mont Péko, la flopée de milices d’autodéfense, hommes de main des politiques ou simples voyous, dotés de «généraux» et de noms flamboyants de mouvements de libération, les commandos de quartier, les mercenaires du Libéria… la région devient une poudrière. Tous sont armés jusqu’aux dents, menacent, rackettent, volent, saignent, violent et tuent à l’occasion.

Dans le quartier Carrefour, il ne fait pas bon être Malinké et pas une semaine ne passe sans que l’on retrouve un corps ou deux dans les fossés. Face aux Guérés, au nord, existe une variante locale de miliciens, les Dozos, des chasseurs traditionnels malinkés, armés de fusil calibre 12 et de chiens de brousse. Les mystiques guerriers, initiés au grand secret de la forêt, portent des coiffes décorés de dents d’animal et ont le corps bardé de gris-gris supposés les rendre invulnérables aux balles invisibles face à un fauve ou capable d’occire un éléphant d’un seul coup de lance. Avec le temps, la farouche confrérie du Nord s’est dévoyée, agrégeant les jeunes enragés malinkés, faisant une milice de plus. Dix ans plus tard, à l’hiver 2011, quand les Forces du Nord, rebaptisées FRCI, lancent la grande offensive en direction d’Abidjan, la capitale tenue par Laurent Gbagbo, tout est prêt pour la grande revanche. «Vers quatre heures du matin, j’ai été réveillée par des lueurs et des explosions terribles. J’ai hurlé, croyant à un cauchemar. J’avais raison», dit Clémentine Don. A 53 ans, violée deux fois, sa maison pillée, son village dévasté, son mari humilié, encore terrorisée et obsédée par la tache de sang qui profane l’herbe au pied de l’arbre sacré du village, Clémentine est une femme brisée : «Nous sommes souffrants, vous comprenez…» Elle a pourtant tout fait pour échapper à l’horreur.

Née à Carrefour, elle a quitté son quartier dès les premiers incidents en 2001 pour s’abriter dans ce paisible village de Dahoua, à 5 kilomètres au sud de Duékoué. Clémentine, devenue présidente de l’Union des Femmes, a créé une coopérative Contre la Famine ! Tout s’effondre avec les premiers tirs, ce lundi 28 mars. Tremblante, elle suit les combats qui mettent Duékoué à feu et à sang. L’armée régulière du Nord a franchi la ligne rouge de démarcation. Pour en finir au plus vite, les rebelles du Nord ont lancé tous leurs supplétifs dans la bataille, les Dozos, leurs miliciens et même la bande de tueurs du chef de guerre Amande. Ils descendent des montagnes, s’infiltrent par la brousse, dévalent de tous les côtés à la fois, balaient les Forces de Sécurité présidentielles et taillent les milices Guéré en pièces. Ils prennent Duékoué en quelques heures puis… s’arrêtent, font la fête et pillent. C’est l’erreur. Venue du sud, une unité pro-gouvernementale, dotée d’un tank, contre-attaque et reprend le centre-ville. Au passage, les soldats en profitent pour assassiner les civils malinkés et égorgent un imam. Dans l’après-midi, le gros des troupes régulières du Nord, armées de mitrailleuses lourdes et de canons, arrive en renfort, désintègre le tank et met un terme à vingt-quatre heures d’une bataille confuse et sanglante. Au petit matin du mardi 29 mars, des dizaines de cadavres couvrent les trottoirs de Duékoué, les vaillants miliciens Guérés ont déguerpi en laissant leur population sans défense, face à des combattants ivres de bataille.

Carrefour est le premier quartier sur leur chemin. Ils encerclent les maisons. Les hommes sont triés, leur carte d’identité examinée. Un nom malinké : la vie sauve. Une carte d’identité ivoirienne, un nom guère : une balle dans la tête. Dehors, les femmes sont à genoux. « Ils nous forçaient à chanter leur gloire, à répéter : «Guerriers ! Guerriers !», dit Julie, une habitante. Les assaillants se divisent en trois groupes : «Les tueurs, les pilleurs et les gâteurs… Les gâteurs, c’est ceux qui arrosaient nos maisons d’essence avant de mettre le feu.» Un curé et ses enfants de chœur sont surpris devant l’église : «Quel est ton parti ? – Le parti de Jésus-Christ. – Jésus-Christ ? C’est pas un parti !» Ils sont abattus. Au milieu des cris et des explosions, les assaillants insultent leurs victimes : «Vous avez voté Gbagbo ! Traîtres !» Et les anciens métayers exultent : «Vous nous avez pris pour des domestiques. Nous sommes revenus en maîtres. Nous prendrons vos femmes, vos terres, vos champs. Et vous mangerez de la boue !» Et ils tuent. En fin de matinée, Carrefour est en feu. Et les supplétifs commencent à envahir les villages alentour.

A Bahé-B, à quelques kilomètres de Duékoué, Denis bêche son champ de manioc. Il entend du bruit, se dirige vers sa ferme, voit huit hommes en treillis, foulard rouge sur le front et sandales en plastique aux pieds. «Qui est là ?» Trois coups de feu lui répondent. La première décharge de chevrotine le manque, la deuxième lui loge un plomb dans le cou, la troisième lui crible l’épaule. Il tombe, laissé pour mort. Au troisième jour des massacres, les tueurs ne trient plus leurs victimes. «Ma femme, Hélène, mes jumeaux de 4 ans et demi, mon fils de 2 ans… Ils ont tué neuf personnes de ma famille», dit Denis. Couché dans les herbes hautes, paralysé, en sang, Denis entend l’appel au secours de sa nièce, sa fille adoptive, âgée de 13 ans : «Papa ! Au secours ! Ils sont en train de me violer !» Denis aperçoit plusieurs hommes autour de l’enfant, les cris durent une éternité. Puis ils cessent. Et Denis découvrira le corps de sa nièce, abattue d’une décharge dans la poitrine. Toute la nuit, Denis entend les aboiements des chiens des Dozos qui entrent dans la brousse, chassent les rescapés, les paysans dans leurs campements.

Une nuit de chasseurs, d’aboiements, de coups de fusil. Au petit matin, Denis se traîne vers la route et croise une colonne de l’Onuci. Après une longue inertie, les casques bleus commencent à patrouiller, enterrent les morts et cherchent des survivants.

Dans son village, Clémentine a compris que la brousse ne la protégerait pas de la folie de Duékoué. Au moment de fuir, elle est arrêtée par des Dozos et des hommes en armes. Parmi eux, une femme militaire en treillis. Ils parlent dioula, la langue du Nord, et poussent vers l’arbre sacré du village trois hommes, entre 18 et 20 ans, les mains attachées dans le dos. «J’ai entendu des cris bizarres, des couinements, comme si on égorgeait un porc», dit Clémentine. Quand les hommes s’en vont, les paysans se précipitent et trouvent les trois hommes au sol, la gorge tranchée au couteau de chasseur. «Ces cris… je les entends encore, chaque nuit !» Elle appelle l’Onuci, trois fois, au secours, en vain : «Venez ! Ils sont train de tuer dans les campements !» Le lendemain, le groupe d’assassins revient, avec des chiens «pour chercher les fusils cachés», disent-ils. Ils mitraillent un homme sur le palier de Clémentine. Nouvel appel de détresse. Cette fois, un camion blanc arrive. 300 personnes veulent fuir. C’est trop pour le véhicule. On forme une longue colonne de civils à pied qui suivent au pas le camion des casques bleus, sous les cris de rage des Dozos : «Pourquoi les laissez-vous partir ? Laissez-nous faire ! On va en finir avec ces agoutis [rongeurs] !» Clémentine, elle, reste, «pour continuer à informer les autorités». Samedi 2 avril, en fin de matinée, trois autres hommes en treillis, la trentaine, arrivent à mobylette, fusil de chasse à la main, ils cherchent de l’argent, arrachent ses vêtements. Clémentine les supplie : «Je suis vieille. Je suis votre maman.» Ils la violent à tour de rôle. Pillent la maison. S’en vont. Reviennent. Clémentine est surprise de nouveau à 300 mètres de là, dans la maison de sa sœur, 56 ans. Elles sont violées toutes les deux : «On va tuer Laurent Gbagbo, prendre vos femmes ! Vous deviendrez nos domestiques !»

Depuis, Clémentine parcourt Duékoué et la campagne environnante, le souvenir des cris des suppliciés et des violeurs dans la tête, avec un carnet à la main où elle note tout, les morts, les viols, les campements dévastés. Parfois, elle vient à pied jusqu’au camp de réfugiés de la mission catholique du père Cyprien. Ils sont 30 000, venus de Carrefour ou des villages environnants, serrés jusqu’à étouffer dans une enceinte faite pour une paroisse de campagne. 30 000 personnes, dans l’odeur des feux de bois vert, des excréments et du désinfectant, de la misère, de la promiscuité, de la maladie. «La semaine dernière, nous avons perdu 14 enfants à cause des diarrhées, dit le père Cyprien, et 15 de plus ces trois derniers jours.»

Dans la nuit africaine, quand l’orage finit par éclater, c’est toute l’eau d’un ciel peu miséricordieux qui s’abat d’un coup, comme un rideau de plomb glacé, sur des femmes et des enfants debout, tendant une bâche de plastique à bout de bras. Le camp est protégé par une unité de Marocains de l’Onuci, mais il manque de place, vivres, de médicaments, d’eau potable, de tout. 30 000 réfugiés dans un jardin ! Parfois, même le père Cyprien sent le courage lui manquer. Surtout dans la nuit noire, quand il entend les rôdeurs assassins continuer à hurler des menaces sous le nez des survivants : «On vous tuera tous, jusqu’au dernier !» Oui, le père Cyprien tremble lui aussi. Le grand massacre, qui a duré plus d’une semaine, a sans doute fait bien plus de mille morts. Il sait que Duékoué la maudite est un point rouge sur la carte du pays, une ligne de front des ethnies, un laboratoire du Mal, un lieu emblématique de ce que la Côte d’Ivoire pourrait devenir si elle ne trouvait pas, vite, très vite, le chemin de la réconciliation.

Jean-Paul Mari in Le Nouvel Observateur, le 12 mai 2011

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Insécurité / Braqués par des hommes en tenue, Deux journalistes de l’Intelligent d’Abidjan échappent à la mort

La scène s’est produite le jeudi 12 mai 2011, aux alentours de 21h30, au Plateau Dokui (situé entre les communes d’Abobo et de Cocody). Quatre (04) hommes, tous armés de kalachnikov, en tenue de gendarme et à visage découvert, font irruption dans une cité de ce quartier où habitent deux journalistes de l’Intelligent d’Abidjan, K. H et R.D. « Ouvrez le portail, nous sommes là pour une perquisition. Il paraît qu’il y a des armes cachées ici ». C’est le prétexte utilisé par ces gangsters pour convaincre le gérant de la cité. Une fois entrés, ils vont s’adonner à un braquage systématique de toutes les résidences. Informé par un habitant des lieux (premier à être braqué à son domicile), à qui, l’un des malfrats a intimé l’ordre (avec l’arme sous la tempe) de décliner l’identité des résidents de cette cité, le chef de ce gang ne va pas se faire prier pour se ruer vers les deux journalistes cités. Sur un ton martial, avec le doigt sur la gâchette de la kalachnikov, la question suivante est posée: « Qui est journaliste ici ? Je compte jusqu’à trois », K. H et R.D vont automatiquement se signaler. C’est le début de leur calvaire. Pendant environ une demi-heure, ils seront terrorisés, molestés, dépouillés de tout leur argent, par ce chef bandit qui avait tout sauf l’allure d’un homme lucide. Les quatre malfrats passeront au peigne fin toutes les maisons de cette cité et disparaîtront dans la nature avec une somme de plus de 800.000 FCFA et un appareil photo numérique dont la valeur est estimée à plus de 300.000 FCFA.

Source : L’Intelligent d’Abidjan

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